Chacun sa place

mère-et-fille-en-colère-300x200Si l’humain a toujours été passionné par le thème du positionnement des choses – celui de la terre par rapport au soleil/d’un soldat dans la hiérarchie militaire/d’un peuple sur une terre -, cette passion est exacerbée quand on touche à la relation parents-enfants.
Dans la rhétorique quotidienne, on peut constater cela en permanence.

Côté adulte, on va donner du: « c’est pas vrai il ne tient pas en place ce môme! ». Ou bien:  » je vais le remettre à sa place ce petit rigolo, tu vas voir!
Et côté enfant, citons juste le classique:  » Maman, il m’a pris ma place, dis-lui qu’il me la rende!
Mais si la place physique est primordiale, la place psychologique ou émotionnelle est aussi essentielle, et chaque erreur de placement est immédiatement sanctionnée par un reproche:
Côté parents: « mon fils, quand il est à la maison, c’est comme s’il n’était pas là » ou « il nous prend pour la cantine ou pour des distributeurs automatiques ».
Côté enfants:  » arrêtez de me parler comme si j’avais deux ans » ou  » mais mettez-vous à ma place un peu, comment vous voulez que j’ai de bonnes notes avec ce prof débile »!
De toute évidence, la place de chacun, physique comme affective, doit être claire et surtout bien comprise; débattue, expliquée voire parfois consensuelle, sous peine de se prendre un mur à chaque sourire tenté et une douche glacée à chaque exigence exprimée. Car ce qui agaçait un petit enfant, va faire péter les plombs à un ado en recherche de son identité propre dans la société, dans son groupe de copains ou au sein de sa famille. Et moins cette place est claire, plus la vôtre est menacée.
Et l’inverse est vrai aussi.
Je reçois souvent en entretien privé des femmes qui me disent: « Notre ado nous parle très mal, ne montre aucun respect envers nous, ne nous calcule plus vraiment. Il est plus attentionné envers un chien ou un chat. Son père a baissé les bras. Moi-même je suis exsangue. On a même du mal à croire que c’est encore notre fils, celui qui ne nous lâchait pas d’une semelle il y a encore trois ans. » Cruel ressenti.
Mais baisser les bras, abandonner, équivaut à laisser notre ado conduire la nuit tout en effaçant les lignes blanches sur sa route. Plus rien n’étant alors visible, défini, signalé, limité, l’accident est proche.
Si notre enfant a plus de facilité parfois avec un animal de compagnie, c’est parce qu’il lui est facile de savoir ce qu’il est, et donc de se définir par rapport à lui.
Et c’est pourquoi un père doit être un papa. Pas un dictateur, un copain ou une ombre. Une mère, une maman. Pas une complice ou une esclave. Un papa copain oui, pourquoi pas? Une mère complice, bien sûr. Mais seulement si on pose clairement les balises. Parce que seul celui qui comprend et apprécie sa place peut donner une chance à l’autre  de trouver la sienne. Et de s’épanouir dans ce nid sécurisant que les limites dessinent, en attendant la migration vers une place prochaine.

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