Mais, où, est, donc, lu, main?

Un soir, il y a quelques semaines de cela, j’avais rendez-vous avec un copain dans un quartier très animé et donc écumé par de nombreux ados. Ces derniers se baladaient par petits groupes, tout en programmant la suite de leurs soirées; pop corn et ciné, hamburger et boîte de nuit, tout et n’importe quoi pourvu qu’il y ait du bruit et de l’ambiance.
Mais en cette fameuse nuit, le vrai spectacle est dans la rue; sous les encouragements stridents de la foule qui se resserre à présent, un barbu grassouillet et trapu, âgé d’une vingtaine d’années, ôte sa chemise pour en découdre avec un garçon longiligne et musculeux; ce dernier, pour ne pas être en reste, tout en se débarrassant d’un débardeur bon marché, se dépare  également de sa ceinture pour larder plus facilement son adversaire comme un gladiateur des temps modernes. Le choc est imminent avec des coups et des blessures en vue. Pas de policiers dans le coin. Il va falloir intervenir et séparer, au risque de se prendre une torgnole, les deux réservoirs d’hormones exacerbées qui tourbillonnent torses nus en se provoquant de la voix et du regard.
La suite est anecdotique. La bagarre aussi d’ailleurs. Le fait le plus remarquable et le plus affolant de ce fait divers, c’est qu’à l’heure où les deux êtres humains légèrement ébréchés s’apprêtent à se faire mal, tous les jeunes présents…filment la scène. Smartphone dégainés. Prêts à saisir les meilleurs moments de l’action pour les poster sur Facebook ou sur un autre réseau social; pour partager ce vécu avec le maximum d’internautes.
Depuis cette scène qui m’a marqué, il y a eu dans le monde aussi ce fameux viol dans un pub, avec des jeunes qui, au lieu de voler au secours de la victime, ont choisi d’immortaliser la scène.
Demain, on filmera peut être un petit vieux se faisant renverser par un tramway. Ou un pote un tantinet shooté qui se jettera du quatrième étage d’un immeuble. Et on basculera dans l’horreur.
L’éducation, c’est ici et maintenant!
Il ne s’agit pas de confisquer ou de censurer, de blâmer ou de juger. Il faut avant tout intervenir. Expliquer les règles et les lois. Rappeler la différence entre le jeu et la réalité. Entre le virtuel et le réel. Entre le faux et le vrai. Entre le monde du buzz et des fakes et celui du respect de l’humain et de ses droits. Rappeler aussi les devoirs d’un citoyen. A grande échelle.
La société a intérêt à sortirתמונה 311 et très vite du coma éthylique dans lequel les réalisations technologiques l’ont plongée. C’était euphorisant bien sûr, mais juste avant que ça ne devienne vraiment saoulant voire carrément dangereux, il va falloir être très clair. Et très ferme.

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